En 2022, l’impérialisme français doit choisir son président pour la conquête de l’Europe
En janvier dernier, la France a commencé son tour de six mois à la présidence du Conseil de l’Union européenne, ce qui représente pour elle une occasion décisive de mettre en œuvre les ambitions de l’impérialisme français au sein de l’alliance impérialiste européenne. Avec l’élection présidentielle à mi-chemin du mandat européen, la bourgeoisie française doit s’assurer que le choix du chef d’État soit un moyen de continuer le plan ambitieux d’intégration européenne poussé par le président Emmanuel Macron, qui a récemment déclaré que «2022 doit être l’année d’un tournant européen». La présidence du conseil donne le pouvoir de fixer l’ordre du jour de l’organe politique regroupant les gouvernements de l’Union européenne (UE). Les impérialistes français envisagent d’utiliser cet avantage afin de faire progresser le projet d’intégration européenne pour favoriser les monopoles français au maximum. Des décennies de collaboration entre les puissances impérialistes ont inévitablement fait évoluer l’intégration européenne vers la phase actuelle d’un changement qualitatif sans précédent : la transformation de l’UE en fédération, avec une politique étrangère unifiée. Avec le nouveau gouvernement allemand qui partage une vision semblable, il est désormais possible de lancer la plus importante campagne de toute l’histoire de l’UE et d’entreprendre les premières étapes pour transformer ce qui n’était qu’une union économique en une entité politique fédérale. Pourtant, au cœur de l’amitié franco-allemande, il y a une rivalité pour devenir le maître d’une future fédération européenne. Par conséquent, tous les candidats sérieux à l’élection présidentielle de 2022 mettent en avant leur vision pour la France à la direction de l’Europe dans l’espoir d’être le candidat que la bourgeoisie impérialiste choisira pour avancer dans la conquête du continent.
Un nouveau stade pour l’intégration européenne
Par le biais de traités successifs, la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) est devenu l’UE que l’on connait aujourd’hui. L’intégration européenne est le nom donné à cette expansion quantitative et qualitative du pouvoir politique européen supranational, fondé sur les besoins des entreprises monopolistes européennes à la suite de la Deuxième Guerre mondiale. Jusqu’en 1973, le but de cette organisation était d’unifier les monopoles européens résurgents, coincés entre les superpuissances étasuniennes et soviétiques. En 1993, le marché unique est réalisé, juste à temps pour préparer l’expansion semicoloniale dans les pays de l’ancien Bloc de l’Est, qui venait de s’effondrer. Aujourd’hui, l’UE approche les limites de son expansion géographique et les puissances impérialistes de toute l’Europe se trouvent de nouveau coincées entre des superpuissances contre lesquelles elles ne peuvent pas concourir individuellement. Les États-Unis représentent un allié historique, mais la montée du social-impérialisme chinois et de l’impérialisme russe provoque l’agression de l’impérialisme étasunien, sous forme de sanctions économiques et de mobilisations militaires. Cependant, les impérialistes de l’Europe craignent d’être entraînés dans des affrontements interimpérialistes qui ne sont pas les leurs. Cette tendance vers la guerre, caractéristique de l’époque actuelle du capitalisme impérialiste, a mené à la naissance de l’alliance impérialiste européenne sous forme de la CECA à la suite de la dernière guerre mondiale et va également la mener vers sa forme finale de fédération limitée et fragile, vouée à la chute dans la prochaine guerre mondiale. Pourtant, la fédération européenne reste un projet nécessaire pour une entité politique avec les capacités économiques et militaires d’imposer les intérêts des impérialistes de l’Europe dans le monde, contre la Russie, la Chine et les États-Unis dans l’ère de la «compétition des grandes puissances».


