Tuesday, May 19, 2020

PCmI : Coronavirus et lutte des classes en Italie - french traslation - La cause du peuple



PCmI : Coronavirus et lutte des classes en Italie




Nous traduisons cet article de Redspark, daté du 21 avril 2020, soit il y à plus de deux semaines. La situation évolue très vite, mais il nous a parru intéressant. Il ne s’agit pas d’une traduction officielle mais d’un rapport.
Partito Comunista maoista Italia (PCmI) – Parti Communiste Maoïste Italie
En Italie, nous nous trouvons maintenant à plus d’un mois et demi de pleine urgence pour la pandémie. Elle a commencé dans la deuxième plus grande ville de notre pays, Milan, en Lombardie, où se trouvent deux des plus grandes concentrations industrielles de notre pays : Bergame, la plus touchée, et Brescia.
La pandémie a touché d’autres régions, également avec un niveau élevé de concentration industrielle, comme dans le nord-ouest du Piémont et dans le nord-est de la Vénétie. À côté de cette ceinture septentrionale, il y a l’Émilie-Romagne, pleine de petites et moyennes industries de divers secteurs et de grandes concentrations de logistique, et quelques villes comme Plaisance et Modène, qui ont été durement touchées par la pandémie.
En dehors de ces zones, l’expansion de la maladie s’est faite à un niveau beaucoup plus faible dans la partie centrale du pays et dans la capitale elle-même, Rome, et a eu le même impact dans le sud de l’Italie, de Naples aux Pouilles et à Tarente, en passant par la Sicile.
Notre parti et ses organisations de masse ont immédiatement essayé de donner une orientation de classe à la classe ouvrière et aux masses, en s’opposant dans un premier temps aux informations terroristes et alarmistes qui poussaient les masses dans une sorte de peur aveugle et les immobilisaient, qui les rendaient incapables de comprendre ce qui se passait et comment y faire face.
Le 8 mars (Journée internationale de la femme) est tombé dans cette toute première phase, et les forces du mouvement féministe petite et moyenne-bourgeoise en Italie, regroupées sous “Pas un de moins” (“Ni Una Menos” en Argentine et en Espagne), a rapidement fait marche arrière sur les plans de mobilisation et de grève des femmes prévus à l’époque. À ce moment-là, la bourgeoisie n’avait pas encore déclaré l’« état d’urgence », sauf dans certaines régions du nord de l’Italie. Par conséquent, dans le reste du pays, la situation permettait des grèves et des manifestations, mais le mouvement féministe bourgeois et petit-bourgeois battait immédiatement en retraite, ce qui était clairement conforme à ce que les syndicats de base avaient déjà fait.
Le Mouvement Féministe Prolétarien Révolutionnaire (MFPR), fortement soutenu par le SLAI Cobas (Syndicat des travailleurs autoorganisés intercatégoriel Cobas) pour l’union de la classe, qui est l’organisation de classe et de combat dirigée par le PCm, a au contraire fermement maintenu la grève de certains travailleurs et les manifestations prévues, en donnant des suggestions pour les concentrer principalement dans le sud de l’Italie où il y avait de meilleures conditions de viabilité politique et sociale. La veille du 8 mars, le gouvernement a étendu l’état d’urgence à tout le pays, faisant pression pour que la grève et les manifestations soient retirées.
À Palerme, en particulier, la pression est exercée directement par la police et son bureau politique, mais les camarades résistent fermement à la pression, et on observe aussi bien la grève dans certaines situations de travailleurs précaires que le rassemblement devant les palais du pouvoir. La participation de masse a été moins importante que d’habitude, mais elle reste significative.
À Tarente, la journée fut liée à la mobilisation des ouvrières du commerce contre les licenciements et au rassemblement dans la rue, mais sans tous les groupes féministes petit-bourgeois, et vit la participation de l’organisation de la jeunesse communiste associée à l’un des petits nouveaux partis révisionnistes.
Dans le Nord et surtout dans la ville qui n’était pas encore l’épicentre de la pandémie, Bergame, les travailleurs ont défié les interdictions et ont connu une réaction agressive de tout un front composé de patrons, de gouvernement et de syndicats officiels.
Cependant, le drapeau de la lutte révolutionnaire des femmes du prolétariat a été hissé haut lors de la Journée internationale de la femme et a continué à être très présent et actif dans les semaines suivantes, lorsque, avec la pandémie et l’état d’urgence, la condition des femmes s’aggravait, non seulement au travail, mais aussi dans les quartiers, à la maison, où les femmes doivent faire face à des problèmes vitaux, avec les enfants à la maison à cause de la fermeture des écoles, et l’oppression familiale qui transforme les maisons en prisons et en lieux potentiels de féminicide à cause de l’impact de l’éternelle présence du patriarcat. Le MFPR a poursuivi ce véritable combat au corps à corps pour nourrir l’esprit de rébellion des femmes et l’aider à émerger.
Pendant ce temps, l’expansion de la pandémie s’étend et rencontre la réaction immédiate des travailleurs des principaux centres industriels du nord de l’Italie : les grèves et l’abstention de travail, spontanées ou organisées par les Cobas, atteignent un nombre de 50 000 travailleurs. En de nombreuses occasions, la police a exercé des pressions et des intimidations de toutes sortes, mais cela n’a pas empêché les grèves et les abstentions massives de travail.
Une partie des syndicats officiels de Lombardie a également été contrainte de déclarer une grève dans les usines métallurgiques.
Ces grèves ont été très importantes pour diverses raisons : elles ont montré que les travailleurs n’acceptaient pas d’être “de la viande pour l’abattage” ; elles ont rejeté la tentative flagrante des patrons de dire que “tout va bien”, “tout est sûr” et que la production doit être sauvée à tout prix ; elles ont montré qu’aucun état d’urgence ne pouvait empêcher les travailleurs de lutter pour leur propre santé et sécurité ; elles ont mis à nu l’hypocrisie des patrons et du gouvernement qui, d’une part, voulaient que toute la population soit enfermée dans ses maisons et, d’autre part, les usines pleines d’ouvriers, que les grands centres de logistique commerciales fonctionne avec des travailleurs exploités jusqu’à l’os et sans équipement de protection individuelle.
Nous pouvons dire avec certitude que les grèves ouvrières ont empêché la diffusion massive de COVID-19 dans les usines.
Non seulement cela, mais cette réaction des travailleurs, dans laquelle les Cobas ont été décisifs, dans les différentes organisations dans lesquelles ils sont structurés, y compris l’organisation de classe et de combat dirigée par notre Parti, a forcé le gouvernement et les patrons à faire un premier pas en arrière. Des protocoles de sécurité ont été signés qui, bien qu’insuffisants, ont renforcé les structures de protection des travailleurs et surtout ont permis aux travailleurs de continuer à échapper, si le protocole n’était pas appliqué, à tout travail dangereux.
La propagation de la pandémie, précisément dans certaines des zones où la concentration de travailleurs est la plus forte, a renforcé la résistance des travailleurs et a obligé le gouvernement à faire un nouveau pas en arrière, celui d’indiquer quelles usines pouvaient rester ouvertes parce qu’elles produisaient des biens et des services essentiels et celles qui devaient être fermées. Mais le gouvernement et les patrons, avec la complicité des syndicats officiels, ont inclus parmi les usines à rester ouvertes, les usines de l’industrie de guerre multinationale impérialiste, les usines sidérurgiques et autres unités de production qui ne produisent certainement pas de “services essentiels”. Ainsi, le conflit et la résistance dans les usines, désormais explicites dans les faits, se sont poursuivis.
Pendant ce temps, d’autres événements majeurs se déroulaient en dehors des usines et des emplois.
La révolte des détenus a explosé dans les prisons avec certaines des plus grandes émeutes des dernières décennies dans notre pays. Les prisonniers ont immédiatement compris qu’aucune défense n’était possible contre le virus et se sont rebellés, à partir de la prison de Modène. La réaction de l’État a immédiatement été violente ; à l’intérieur et à l’extérieur des prisons, de durs affrontements ont eu lieu avec les prisonniers qui ont pris possession de certaines ailes de la prison, et ont mis le feu et dévasté des parties des installations pour en faire des instruments de résistance et faire face à la violence meurtrière de l’État. En quelques jours, la révolte a atteint toutes les prisons de notre pays, du nord au sud, poussant également les membres des familles et les organisations de solidarité à se mobiliser en soutien. Le massacre à l’intérieur des prisons a fait 16 morts et un certain nombre de prisonniers ont été blessés, torturés, déportés et soumis aux mesures les plus sévères déjà mises en œuvre contre les prisonniers politiques appartenant aux Brigades rouges. Devant la prison de Milan et d’autres villes, la police a pris d’assaut les manifestations des membres des familles et des organisations de solidarité.
Le Secours Rouge Prolétarien (Soccorso Rosso Proletario) a inlassablement fait entendre sa voix pour soutenir les prisonniers, condamner et démasquer les mensonges de l’État qui prétendait que les prisonniers tués étaient en fait morts d’une overdose. En même temps, il a donné voix à toutes les déclarations venant des prisons et des membres des familles sur l’ensemble du territoire national.
La révolte a apporté des résultats concrets avec la décision de libérer les prisonniers avec des peines mineures, mais l’État a exclu les prisonniers qui avaient participé à la révolte. Le résultat est clair : par rapport aux 10 000 prisonniers pouvant être libérés selon l’évaluation des associations démocratiques, même pro-institutionnelles, un maximum de deux mille sont sortis jusqu’à présent. La lutte continue donc.
Les prisonniers ont eu raison de se rebeller. Dans les jours qui ont suivi, il y a eu des cas de COVID-19 dans les prisons, même si les nouvelles de décès, sauf un, et l’ampleur réelle de la contagion sont tenues secrètes.
Les travailleurs en lutte n’ont pas manqué de faire sentir leur solidarité à travers les Cobas et ils ont ajouté la demande d’amnistie à leur plate-forme.
Mais en première ligne pendant toutes ces semaines, il y avait les médecins et les travailleurs de la santé qui, face à l’épidémie galopante de COVID-19, qui fait de l’Italie une “seconde Chine” depuis plusieurs semaines, ont été jetés à mains nues dans la mêlée, privés de la protection nécessaire et se sacrifiant de manière désintéressée, parfois héroïquement, pour le salut des malades. Cela a entraîné jusqu’à présent la mort de 126 médecins et de nombreux autres membres du personnel infirmier et de santé en général, principalement dans l’épicentre de la pandémie, la Lombardie.
Le cœur même de cet épicentre était la ville de Bergame, où il y a une usine pour 50 habitants, qui est devenue pendant quelques jours un hôpital et un cimetière à ciel ouvert : le “Wuhan italien”.
Là aussi, des militants et des activistes de notre parti et de notre syndicat ont vu leurs parents mourir. L’imbrication entre l’incapacité des autorités locales et un système de santé privatisé construit comme un service pour les riches, marqué par la corruption, a conduit à l’explosion de la pandémie dans les maisons de retraite pour personnes âgées, avec des milliers de morts et les données réelles encore cachées, que même la presse bourgeoise est obligée de rapporter, en parlant de cas dix fois plus nombreux et de décès trois fois plus importants que ceux déclarés.
Dans cette situation, la réaction des travailleurs de la santé et des contingents ouvriers ne s’est pas fait attendre. Sans quitter leur emploi, ils ont commencé à condamner, à réclamer et à crier : “Frappez les responsables qui ont transformé la pandémie en massacre !”
Toujours dans la zone où l’impact de la pandémie est le plus fort, d’autres jeunes travailleurs ont été exposés à l’infection, et ce n’est que grâce à leur jeune âge qu’il n’y a pas eu de plus grand massacre. Les facteurs, les livreurs, les travailleurs de l’entreprise tristement célèbre Amazon ont tenté de résister quotidiennement, demandant la réduction de leur travail aux services essentiels et une protection personnelle efficace.
Dans le centre et le sud du pays, la situation est différente. Les luttes dans les usines n’ont atteint que quelques usines automobiles et l’aciérie ArcelorMittal de Tarente. Dans ces usines également, les travailleurs ont réagi en s’absentant du travail, parfois de manière massive, et en essayant d’organiser des grèves, partiellement réussies et boycottées par les syndicats officiels. Les lois ad hoc du gouvernement ont offert la couverture nécessaire aux patrons pour imposer la poursuite du travail dans les usines avec plusieurs milliers d’ouvriers à l’intérieur. Ceci a conduit le virus dans les usines, bien qu’à un rythme encore lent, à l’usine ArcelorMittal de Tarente par exemple, et la partie n’a probablement même pas encore vraiment commencé.
Dans le centre-sud, avec le virus, des banlieues de Rome aux grandes concentrations de travailleurs sans papiers, des vendeurs de rue en Campanie aux travailleurs migrants des champs, aux pauvres en Sicile, est venue la fin du travail, le manque de revenus, la difficulté du logement, enracinées dans la précarité et le chômage.
Mais même ici, le tissu des organisations, les centres sociaux, les comités de logement, les structures des syndicats de base ont essayé de répondre en réclamant des revenus et des logements, dans une mesure bien plus importante que les aumônes accordées par les lois gouvernementales.
À Palerme, Naples et Rome, il y a également eu des initiatives de soulèvement ouvert, criminalisé, réprimé et attaqué par l’État et les médias.
Voilà le portrait général de ce qui a fait de l’Italie non seulement l’épicentre européen de la COVID-19 pendant plusieurs semaines, mais aussi le site d’une intense lutte prolétarienne, importante en terme de qualité et de quantité, qui a répandu une autre contagion dans toute l’Europe, celle de la lutte des classes.
Nous sommes maintenant à la veille de la “Phase 2” dans laquelle les patrons et le gouvernement veulent à nouveau faire des profits basés sur l’exploitation, malgré le fait que la pandémie soit encore pleinement active. Mais les prolétaires et les masses populaires et leurs organisations, certaines nées de la spontanéité, d’autres déjà organisées, y compris les maoïstes – leurs structures et leurs organisations générées travaillent à promouvoir une grève générale qui peut avoir un caractère révolutionnaire si elle est capable de construire une dimension de masse dans un état d’urgence de plus en plus accentué.
L’expérience que notre parti a tirée de cette situation a été importante. Comment maintenir sa structure et son travail malgré l’enfermement dans des maisons et le contrôle maximum imposé. Et la réponse qu’il donne est très positive ; l’activité n’a pas cessé une seule minute et ne s’est pas limitée aux sites web. Les camarades ont violé l’état de siège en se rendant dans les usines ; ils ont renforcé leur travail théorique en utilisant Internet avec l’aide d’intellectuels marxistes ; et ils se développent théoriquement et politiquement. Il ne s’agit pas d’une éducation stéréotypée et doctrinaire, mais d’un effort élevé et profond pour s’armer de marxisme afin de donner une réponse stratégique et programmatique à la situation internationale de crise de l’impérialisme qui a produit la pandémie et le scénario actuel.
L’action déterminée du Parti dans toutes les conditions a permis la croissance de son influence et de sa reconnaissance dans tout le domaine des révolutionnaires d’autres tendances, du syndicalisme de classe et de combat, du mouvement des femmes et des organisations de soutien à la lutte contre les prisons.
Bien sûr, un difficile saut qualitatif nous attend, mais nos liens avec l’avant-garde et les masses qui rendent les maoïstes italiens différents et avancés sont un grand facteur de force et d’endurance qui nous donne de l’espoir.

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