
Notre rédaction a l’honneur de publier une interview réalisée auprès de la Palestinian Youth Organization (PYO), organisation de jeunesse liée au Front Populaire de Libération de la Palestine, fondée en 1975 dans la diaspora, avec des missions socio-éducatives contribuant à mobiliser et unir la jeunesse palestinienne au Liban et en Syrie. Dans cet entretien, la PYO nous expose les enjeux politiques récents pour le peuple palestinien et sa Résistance nationale dans la région.
Après 1 000 jours de génocide et de résistance, peut-on dire que le peuple palestinien a remporté une grande victoire ? Comment évaluez vous la situation dans son ensemble, notamment à Gaza ?
Le 7 octobre a sans doute constitué l’événement le plus important de l’histoire du conflit avec Israël. Il a d’abord démontré que le peuple palestinien, malgré ses moyens modestes, et la bande de Gaza, soumise depuis de longues années au blocus et à la faim, étaient capables de vaincre la plus puissante armée de la région, de briser la doctrine sécuritaire israélienne arrogante et de détruire le concept de dissuasion. D’autre part, il a replacé la question palestinienne au cœur de l’agenda international après des années de marginalisation et provoqué un choc dans la conscience mondiale en faveur de la cause palestinienne, en révélant l’ampleur du caractère criminel et agressif de l’État sioniste.
Oui, ce fut une victoire militaire et politique retentissante, qui a profondément ébranlé l’image de l’occupation, suscité une vaste sympathie et un large soutien, et entraîné un tournant majeur dans l’opinion publique mondiale.
Malgré les pertes immenses subies par notre peuple à Gaza — des dizaines de milliers de civils tués, ainsi que la destruction de la quasi-totalité des villes, des localités et des camps de réfugiés de la bande de Gaza — nous nous considérons comme victorieux. Car les critères de la victoire et de la défaite, lorsqu’un peuple occupé et sans défense affronte un État raciste puissant dans un rapport de force largement favorable à l’ennemi, ne se mesurent pas aux seules pertes humaines et matérielles, mais aux résultats politiques et moraux.
Après mille jours, Israël a échoué à éliminer la résistance. La capacité de Gaza à tenir face au génocide constitue un véritable miracle. Le 7 octobre a embrasé la région et le monde, révélant le visage fasciste d’Israël, dont l’isolement international et le boycott ne cessent de s’accentuer, tandis que ses fragilités internes deviennent de plus en plus apparentes.
Les fruits de cette victoire ne seront peut-être récoltés que dans plusieurs années. L’entité sioniste a échoué à éliminer la résistance dans la région et a également échoué dans son projet d’hégémonie totale sur le Moyen-Orient après la récente guerre contre l’Iran. Les peuples de la région poursuivent aujourd’hui leur résistance face à un État qui se fissure de l’intérieur.
Malgré les souffrances du peuple palestinien et les immenses sacrifices consentis, en particulier à Gaza, nous sommes convaincus que l’occupation finira par être vaincue, malgré sa puissance et son occupation de la majeure partie de Gaza. La question est désormais celle de la persévérance : poursuivre la résistance jusqu’à ce que notre peuple réalise ses objectifs de retour, de liberté et de libération de l’occupation.
La récente victoire de l’Iran sur l’impérialisme américain et Israël vous conduit-elle à prévoir une profonde recomposition de la région ? Quels bénéfices cette évolution peut-elle apporter à la lutte de libération nationale palestinienne ?
Israël poursuivait un projet de domination totale de la région, résumé par Benjamin Netanyahou lorsqu’il déclarait : « Nous allons changer le Moyen-Orient. » Il est de notoriété publique que les États-Unis ont été entraînés dans cette guerre sous l’impulsion d’Israël. Mais cette guerre a échoué à atteindre ses objectifs. Le projet sioniste d’agression a été définitivement mis en échec et la région a commencé à évoluer dans un sens défavorable à Israël et aux États-Unis. L’Iran en est sorti victorieux et c’est désormais lui qui détermine le destin de la région.
Même les grandes puissances régionales, comme la Turquie et l’Égypte, ne soutenaient pas cette guerre et ont pris conscience du danger que représente le projet israélien. Israël considère qu’il est le seul État légitime à détenir la puissance dans la région ; tout État fort est perçu comme un ennemi qu’il faut frapper et affaiblir. C’est ce qui s’est produit avec l’Égypte, l’Irak et la Syrie ; c’est ce qui se passe aujourd’hui avec l’Iran, et demain ce sera la Turquie.
L’échec d’Israël à renverser le régime iranien a entraîné l’effondrement de toute une stratégie israélienne visant à contrôler la région, ses richesses, à détruire ses États centraux et à soumettre ses peuples. Voilà l’essence même du projet sioniste.
Par conséquent, la résistance de l’Iran et sa victoire vont remodeler la région au détriment d’Israël, qui est apparu impuissant et affaibli. Cette évolution est de nature à lui faire perdre sa capacité de dissuasion et marque le début de son érosion. Cela est naturellement à notre avantage en tant que Palestiniens, car l’affaiblissement d’Israël nous permettra de le vaincre et de réaliser nos objectifs nationaux.
Comment évaluez-vous le refus du Conseil de la paix d’autoriser l’entrée du comité technocratique à Gaza ?
Il existe un profond dysfonctionnement, tant dans la composition de ce Conseil de la paix que dans son appellation même. Il est pour le moins paradoxal que Netanyahou, auteur du génocide à Gaza, en soit membre. Dans les faits, c’est lui qui le dirige, dans la mesure où Trump, totalement aligné sur les positions de Netanyahou, en assure la présidence.
Ce Conseil ne se contente pas de refuser l’entrée du comité technocratique à Gaza. Il continue également de tergiverser lorsqu’il s’agit d’exercer des pressions sur Israël afin qu’il applique l’accord de cessez-le-feu et mette en œuvre les dispositions restantes de la première phase de cet accord. Il ne formule aucune critique contre Israël pour la poursuite des massacres, des destructions et de l’occupation de nouvelles portions du territoire de Gaza.
Le Conseil de la paix poursuit ses pressions sur les Palestiniens afin qu’ils consentent à de nouvelles concessions, la principale étant la remise des armes, qu’Israël a transformée en prétexte pour poursuivre son agression contre la bande de Gaza.
Ce Conseil est complice d’Israël. Dans les faits, c’est Israël qui détermine ses orientations et ses décisions. Plus grave encore, alors que les dirigeants de l’occupation ont annoncé leur intention de déplacer de force les habitants de Gaza, nous n’avons entendu aucune condamnation, aucun rejet, ni même la moindre dénonciation de ce projet de transfert forcé de la part d’aucun des membres du Conseil de la paix, composé pourtant de plusieurs dirigeants des principales puissances du monde.
Comment faut-il répondre à l’accélération de l’expansion des colonies en Cisjordanie ?
La Cisjordanie est aujourd’hui confrontée à une situation extrêmement grave, voire à une véritable catastrophe, sous l’effet de l’expansion continue de la colonisation et des exactions des colons. Les dirigeants de l’occupation, en particulier le criminel de guerre Smotrich et Ben Gvir, chefs des partis représentant les colons au sein du gouvernement, affichent ouvertement leur projet : annexer la Cisjordanie à Israël et en expulser la population palestinienne.
Il y a quelques jours encore, Smotrich se vantait d’avoir accompli une réalisation sans précédent dans l’histoire d’Israël en établissant 160 avant-postes coloniaux, tout en annonçant son intention d’en créer une centaine d’autres dans les zones A, c’est-à-dire aux abords immédiats des villes palestiniennes.
Parallèlement, Israël poursuit l’asphyxie économique de la Cisjordanie en interdisant aux travailleurs palestiniens d’accéder au marché du travail en Israël.
Cette politique arbitraire — colonisation, assassinats, incursions militaires, démolitions de maisons, arrestations, incendies de terres agricoles et d’arbres, violences incessantes des colons — annonce une explosion de la situation.
La réponse à ces politiques passe d’abord par la résistance sur le terrain. Une nouvelle Intifada est, selon toute vraisemblance, susceptible d’éclater.
Parallèlement, la communauté internationale doit agir, non pas seulement par des déclarations de condamnation ou de dénonciation, mais en prenant des mesures concrètes contre Israël et en l’obligeant à mettre fin à ses politiques agressives contre le peuple palestinien, où qu’il se trouve : en Cisjordanie, à Gaza, à Jérusalem, ainsi que dans les territoires occupés depuis 1948.
Comment analysez-vous les contradictions au Liban entre la résistance et le gouvernement libanais qui négocie avec Israël ?
Le Liban est traversé depuis longtemps par une profonde division. Une partie des Libanais refuse de se soumettre aux États-Unis et à Israël et demeure attachée à la résistance, tandis qu’une autre estime que l’alignement sur les États-Unis et Israël ainsi que la soumission à leurs orientations constituent la meilleure option pour le Liban.
Les contradictions entre ces deux camps sont anciennes, complexes et multidimensionnelles. Elles s’enracinent dans des divergences politiques, confessionnelles et sociales.
La résistance libanaise a démontré, durant plus de quatre décennies, sa capacité à faire face à Israël. Elle a libéré le Sud-Liban en 2000 et a résisté aux ambitions israéliennes visant les territoires et les richesses du Liban.
Le gouvernement libanais n’aurait jamais dû engager la moindre négociation avec Israël alors même que le Liban était soumis aux bombardements, aux destructions et aux massacres.
En définitive, ce gouvernement a offert à Israël un véritable cadeau sur un plateau d’or lorsqu’il a accepté de conclure un accord-cadre mettant fin à la guerre, alors que c’est en réalité l’Iran qui a mis un terme à la guerre contre le Liban.
En signant cet accord, le gouvernement libanais a également accordé à Israël le droit de maintenir sa présence sur une partie du territoire libanais, tout en acceptant comme condition le retrait et le démantèlement de l’arsenal du Hezbollah. Cela revient à autoriser Israël à poursuivre l’occupation d’une partie du Liban.
Cette attitude de capitulation des autorités libanaises face à Israël s’explique par la volonté de certaines composantes du pouvoir d’éliminer la résistance et de transformer le Liban en un État faible gravitant dans l’orbite américano-israélienne.
Quel rôle le mouvement international de solidarité avec la Palestine doit-il jouer aujourd’hui ?
Nous regardons avec respect et reconnaissance tous ceux qui soutiennent le combat de notre peuple contre cette occupation injuste. Nous savons qu’il existe, à travers le monde, une conscience vivante qui refuse l’injustice, l’oppression et l’agression.
La conscience internationale en faveur de la cause palestinienne a commencé à s’éveiller il y a plus de quarante ans, notamment à partir de la première Intifada. Mais la guerre génocidaire menée contre Gaza a provoqué un véritable bouleversement de cette conscience, lorsque le visage criminel du sionisme est apparu au grand jour et que sont tombés les derniers masques de démocratie et de civilisation dont il se parait.
Le monde commence aujourd’hui à comprendre que l’entité sioniste représente un danger pour l’humanité tout entière et que la guerre d’extermination qu’elle mène contre Gaza constitue une agression contre l’ensemble des valeurs morales, humaines, juridiques et culturelles universelles. C’est une agression contre la justice, contre la paix et contre la conscience humaine.
Nous sommes profondément reconnaissants envers cet immense mouvement de solidarité internationale et nous appelons à le poursuivre, à le renforcer et à l’élargir jusqu’à ce qu’Israël soit isolé partout dans le monde, dénoncé et dépouillé de l’image démocratique, humaniste et respectueuse des droits humains dont il se prévaut.
Nous appelons au boycott d’Israël et à ce qu’il soit traité comme l’ont été l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale et le régime d’apartheid en Afrique du Sud.
Nous lançons enfin un appel à tous les hommes et toutes les femmes libres du monde afin qu’ils se tiennent à nos côtés dans cette lutte de libération, une lutte qui contribuera également à libérer le monde de cette injustice et de cette agression.
Un dernier mot pour conclure ?
Nous sommes un peuple engagé depuis plus de cent quarante ans dans une lutte existentielle contre une entreprise coloniale sans équivalent dans l’histoire. Ce colonialisme barbare repose sur des mythes historiques et religieux.
De ce point de vue, le projet sioniste raciste méprise l’ensemble des êtres humains. Il méprise tous ceux qui ne sont ni juifs ni acquis à l’idéologie sioniste.
La création de cette entité a constitué la plus grande faute de l’histoire de l’humanité, et le maintien de son existence constitue en la plus grande honte.
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